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Faut-il avoir PEUR du démon ?




Les démons sont liés


Lorsque les sorciers invoquent le mal, ou Satan, ou des esprits mauvais, ils n’invoquent pas un pouvoir tout-puissant car rien ne peut se soustraire à la Providence divine. L’activité démoniaque ne peut pas s’exercer sans la permission divine, car rien n’échappe à son action. Il n’existe donc pas de pouvoir maléfique qui serait, d’une manière négative, l’équivalent de celui de Dieu. La Providence a fixé des limites à l’activité démoniaque, sinon il y a longtemps que l’humanité aurait disparu. Saint Paul affirme que les tentations elles-mêmes sont soumises à cette limite (1 Co 10, 13). Les démons sont en quelque sorte en liberté conditionnelle. Ils sont soumis au pouvoir du Christ : « Il a dépouillé les Principautés et les Puissances et les a données en spectacle à la face du monde, en les traînant dans son cortège triomphal » (Col 2, 15). Jésus a ligoté cet « homme fort », il s’est emparé de ses affaires et a pillé sa maison (Mt 12, 29 ; Mc 3, 27 ; Lc 11, 21).

Le démon est lié, c’est l’enseignement qui ressort de l’expérience de saint Antoine, le Père des moines. La preuve en est, dit-il, qu’ils ne peuvent pas l’empêcher de mener la vie ascétique :
Ils sont mauvais et rien ne leur est plus à cœur que de faire du tort aux hommes, amis de la vertu et craignant Dieu. Ne pouvant rien faire, ils ne font rien, sinon menacer. Car s’ils pouvaient quelque chose, ils n’hésiteraient pas, ils feraient aussitôt le mal auquel leur volonté est toujours prête, surtout contre nous. S’ils en avaient le pouvoir, ils ne laisseraient vivre aucun de nous, chrétiens. (1)

Thérèse d’Avila a tiré de son expérience le même enseignement. Le Seigneur permet aux démons de nous tenter, mais ils sont tous soumis à sa puissance : « ils ne peuvent pas bouger si le Seigneur ne le leur permet pas » (2). Ils ne peuvent pas empêcher l’Église d’agir et d’annoncer l’Évangile.


Les sortilèges


Si l’activité des démons ne peut se déployer sans une permission divine, que faut-il penser des sortilèges ? Sont-ils efficaces toujours et partout ? L’efficacité d’un sortilège ne vient pas du sortilège lui-même. Ce n’est pas le sortilège en tant que tel qui est efficace, mais l’activité démoniaque qui se concrétise à l’occasion d’un sortilège. Et ce n’est pas non plus le sortilège qui oblige les démons à agir, car le pouvoir des démons lui est supérieur. Les démons ne peuvent pas être forcés à agir par la vertu d’un sortilège. La magie n’a aucun pouvoir sur les forces démoniaques. Quel pouvoir, en effet, pourrait avoir sur l’activité démoniaque des rites et des incantations ? Fussent-ils pour invoquer le mal, ils n’en restent pas moins humains.

Ils ne peuvent pas forcer les démons à agir, puisque le pouvoir et l’action des sorciers sont inférieurs à ceux des démons (2 P 2, 11). Faut-il rappeler que les démons ont gardé les propriétés de la nature angélique ? Ce n’est jamais l’inférieur qui peut obliger le supérieur à agir : « l’homme n’a pas reçu de pouvoir sur les démons, pour les employer licitement à tout ce qu’il veut », écrit Thomas d’Aquin (3). C’est plutôt le contraire qui s’opère. En invoquant les puissances du mal, les sorciers se placent sous leur influence néfaste, et deviennent les serviteurs de Satan.

L’activité des démons n’est pas liée d’une manière directe par la pratique magique des sorciers. Cependant, elle peut en dépendre d’une manière indirecte. En effet, l’activité des démons peut se manifester au prétexte d’un mauvais sort, non pas par la force du sortilège, mais parce que leur volonté mauvaise est attirée vers le mal, et qu’elle ne peut pas s’empêcher de vouloir le réaliser. La force du sortilège ne réside pas dans le rite, mais en ce qu’il représente, dans l’esprit de ceux qui le pratiquent. Dieu peut permettre alors à l’activité démoniaque de s’exercer, mais pour des motivations totalement différentes, fondamentalement opposées aux croyances magiques. Sa providence peut s’en servir pour manifester le mystère de l’impiété, pour purifier le pécheur, pour l’avertir et l’inviter à la conversion, pour révéler le pouvoir du Christ sur les démons, pouvoir qu’il a transmis à son Corps qui est l’Église.


La peur du sortilège


Il est pour le moins étonnant, pour ne pas dire déconcertant, de constater comment des chrétiens s’amusent avec raison des rites magiques qui prétendent faire le bonheur, mais prennent peur et ajoutent foi à des pratiques de magie noire. Il y a pourtant d’un côté comme de l’autre le même procédé, des rites et des incantations. Le prophète Isaïe raille les enchantements et les sortilèges des magiciens de Babylone, et déclare qu’ils ne sont pas efficaces :
Qu’ils se présentent donc et te sauvent ceux qui détaillent le ciel, qui observent les étoiles, qui annoncent chaque mois ce qui va fondre sur toi. Voici qu’ils sont comme fétus de paille, le feu les brûlera. (Is 47, 13-14)

Sorciers et magiciens n’ont de pouvoir que celui qu’on leur prête. « Souvent, c’est par superstition, par peur ou par ignorance religieuse que de nombreuses personnes se croient victimes de maléfices alors qu’il suffirait d’approfondir la question pour trouver une explication ou une cause naturelle » (4). La peur du maléfice est bien plus efficace que le maléfice lui-même. L’envoûtement n’est la plupart du temps qu’une illusion, le produit d’une croyance, ou d’une maladie psychologique qui induit une croyance. La cause du malheur vient de la croyance et non de l’envoûtement en lui-même. Lorsqu’on attribue à quelqu’un un pouvoir qu’il n’a pas, on se rend dépendant de lui.

Les vraies victimes des pratiques de sorcellerie sont le sorcier lui-même et ceux qui ont recours à lui parce qu’ils s’enferment dans la spirale du mal de la jalousie et du pouvoir d’influence qu’ils en tirent. C’est un péché qui éloigne de la bonne influence de Dieu et qui place sous la mauvaise influence de l’activité démoniaque. Le pouvoir des sorciers est celui de la peur et de la manipulation. Ils profitent de la crédulité de ceux qui croient être l’objet d’un maléfice pour exercer la terreur et en tirer des avantages financiers. La peur du sorcier comme aussi celle du démon proviennent de l’interprétation que l’on donne à la réalité, elles poussent sur le terreau de l’ignorance, de la superstition, ou encore des troubles psychologiques. Des événements pénibles ou douloureux sont interprétés comme venant d’une source mauvaise provoquée par une action de sorcellerie.

Le sorcier n’a pas de pouvoir sur ceux qui sont attachés au bien et à Dieu. Tout est entre les mains de Dieu et le démon n’a aucune force contre les chrétiens. Si Dieu est avec nous, dit saint Paul, qui sera contre nous ?
"Oui, j’en ai l’assurance, ni la mort ni la vie, ni les anges ni les principautés, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni la hauteur ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. (Rm 8, 38)

Bien au contraire « tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28), « tout est grâce ». On ne peut subir aucun mauvais sort, aucun envoûtement lorsqu’on est proche de Dieu à moins de s’approcher de l’activité démoniaque. Le diable est un « chien attaché », écrit saint Augustin (5), il essaye de nous faire peur en aboyant, mais il ne mord que ceux qui s’approchent de lui d’une manière imprudente ou délibérée.


Ce qu’il faut craindre, s’il faut les craindre, ce ne sont pas les mauvais sorts, mais les personnes qui se plaçant sous l’influence démoniaque deviennent les vecteurs de son action malveillante et malfaisante. C’est ainsi que Thérèse d’Avila le comprend :
Je ne comprends pas ces peurs : « Le démon ! Le démon ! » Lorsque nous pouvons dire : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! » Et le faire trembler. Oui, car nous savons qu’il ne peut bouger sans que le Seigneur le lui permette. Ceux qui ont si grand peur du démon me font maintenant bien plus peur que le démon lui-même ; il ne peut rien me faire tandis que les autres nous inquiètent beaucoup, en particulier s’ils sont nos confesseurs (6).

C’est avec la même suspicion qu’il faut traiter les livres (et il y en a beaucoup) qui croient faire œuvre de salut en voyant le démon partout et qui enferment les âmes sous le régime de la peur. Si on sait qui est le diable, et comment il agit, on ne peut pas avoir peur de lui. C’est ainsi que le vit et l’enseigne saint François de Sales :
Laissez enrager l’ennemi à la porte ; qu’il heurte, qu’il frappe, qu’il crie, qu’il hurle, et fasse du pis qu’il pourra : nous sommes assurés qu’il ne saurait entrer dans notre âme que par la porte de notre consentement ! Tenons-la bien fermée, et voyons souvent si elle n’est pas bien close ; et de tout le reste ne nous en soucions point, car il n’y a rien à craindre (7).

L’Église dans sa mission a reçu du Christ le pouvoir de lier et de délier (Mt 16, 19 ; 18, 18), « de fouler aux pieds serpents et scorpions, et toute la puissance de l’ennemi » (Lc 10, 19), si bien que les disciples de Jésus n’ont pas à avoir peur, rien ne pourra leur nuire.


(1). SAINT ATHANASE, Vie et conduite de notre père saint Antoine, n° 28, Spiritualité orientale 28, Abbaye de Bellefontaine 1979, p. 46.
(2). THÉRÈSE D’AVILA, Vie 31, 9.
(3). THOMAS D’AQUIN, Somme de théologie IIa·IIae, q. 96, a. 2, ad 3.
(4). G. JEANGUENlN, Le diable existe. Un exorciste témoigne, Salvator, 2004, p. 50.
(5). SAINT AUGUSTIN, Sermon XXXVII, 6 sur David et sur Isaï son père, et sur Goliath (PL 39, 1820), dans Œuvres complètes, t. 19, Paris, Louis Vivès, 1873, p. 587 : la critique textuelle cependant attribue ce sermon à saint Césaire. Cf. Bible chrétienne, t. II. Commentaires, § 117 « Jésus et Béelzeboul », Québec, Éd. Anne Sigier, 1990, p. 344.
(6). THÉRÈSE D’AVILA, Vie 25, 22.
(7). FRANÇOIS DE SALES, Lettre LI, à Madame Rose Bourgeois, Abbesse du Puits-d’Orbe, dans Œuvres complètes, Paris, 1836.

Fr. Marie-Philippe DAL BO, ocd (Le Broussey)
Rev Carmel n° 169, sept 2018, pp. 48-53


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